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Les aînés nouvellement arrivés sont reliés aux services de santé, à la vie sociale et les uns aux autres grâce au programme innovant du CSC d’Ottawa

(Les services de transport et de traduction sont des éléments essentiels du programme des aînés multiculturels au CSC Pinecrest-Queensway. Photo avec la permission de Pinecrest-Queensway Community Health Centre)

Par Jason Rehel, auteur et éditeur du contenu, ACSO

Une nouvelle loi provinciale donne aux Réseaux locaux d’intégration des services de santé  (RLISS) de l’Ontario la consigne de réduire les disparités de santé en soutenant des programmes qui abordent directement les déterminants de la santé. Dans les prochains mois, nous vous présenterons des récits venus des lignes de front de notre système de santé illustrant les répercussions des programmes qui favorisent la santé et l’équité en santé quand ils sont intégrés à des soins de santé primaires complets.

Un foyer sécuritaire pour sa famille. Des débouchés pour ses enfants. Et l’occasion de contribuer au succès de sa nouvelle communauté. C’étaient les principaux objectifs de Samar Tabbara à son arrivée à Ottawa en provenance d’Oman (via le Liban, où elle est née) il y a 20 ans. Une enseignante élevant de jeunes enfants, Samar Tabbara se rappelle vivement les luttes de sa famille : apprendre à faire face à des problèmes de santé mentale, faire face à des doutes quant à leur décision d’émigrer et tâcher de tisser des liens tout en apprenant l’anglais.

« Il n’y avait pas autant d’informations données aux nouveaux arrivants, et nous n’avions aucune relation, précise Samar Tabbara. On pouvait facilement se sentir épuisé et seul. Je me rappelle que je prenais des comprimés pour la dépression. »

Pour de nombreux nouveaux immigrants, l’isolement social peut devenir une réalité prolongée, avec des effets cruels sur leur santé et leur bien-être général. Pour ceux qui arrivent au Canada à l’âge mûr, souvent pour vivre avec leurs enfants adultes, le risque d’isolement est aussi élevé.

« Les gens qui vivent seuls et qui ont peu de soutien social n’ont souvent personne sur qui compter en cas de problèmes de santé », explique Dre Laura Muldoon, médecin de famille au Centre de santé communautaire Somerset Ouest à Ottawa, qui lutte contre l’isolement social par plusieurs programmes ciblés. 

« Juste le stress de la solitude peut entraîner une aggravation de la maladie mentale et de la santé physique, aussi, ajoute-t-elle.  Je vois souvent des gens chez qui l’isolement a conduit à l’aggravation d’affections comme le diabète, l’hypertension artérielle et la MPOC. Parfois, les gens sont si craintifs de quitter leur maison qu’ils ne demandent même pas d’aide pour des problèmes de santé aussi graves qu’un cancer. »

Pour Samar Tabbara, faire du bénévolat – d’abord à l’école de ses enfants et dans son quartier, et finalement au Centre de santé communautaire (CSC) Pinecrest-Queensway – est un moyen de conserver des liens avec sa communauté et ses ressources, mais aussi d’aider les nouveaux arrivants qui se heurtent à des obstacles en raison de l’isolement social, comme cela lui est arrivé.

« Je fais du bénévolat pour savoir où je suis, confie cette grand-maman de 58 ans. Je sais à quel point l’isolement peut conduire à la dépression. Quand les gens sont frustrés et stressés, ils peuvent devenir exigeants envers eux-mêmes, envers leur famille et envers leur santé. J’aime enseigner aux gens comment utiliser le système. »

Vieillir en santé pour les aînés multiculturels

Au CSC Pinecrest-Queensway à Ottawa, Samar Tabbara travaille comme bénévole à la sensibilisation au programme « Vieillir en santé pour les aînés multiculturels ». Le programme comprend des séminaires de santé mensuels et des sorties de groupe régulières dans les musées et les parcs d’Ottawa. Des interprètes, de l’aide au transport public et un programme de sensibilisation par téléphone permettent de lutter contre l’isolement vécu par ces aînés (toute personne de 55 ans et plus) issus de l’immigration, y compris des réfugiés syriens, indépendamment des obstacles liés à la langue ou à la mobilité. 

Les participants sont aiguillés par les médecins de soins primaires au CSC Pinecrest-Queensway, et aussi grâce à des initiatives de sensibilisation du quartier. Pour sa part, Samar Tabbara est enthousiaste à propos de ses visites hebdomadaires (ou parfois plus fréquentes) à Saada, une musulmane de 80 ans vivant seule dans le centre-ville d’Ottawa, qui offre à Samar Tabbara la chance de partager ses propres expériences d’une manière significative.

« Parfois, elle me confond même avec sa fille, dit Samar Tabbara. Nous parlons en arabe, et elle me raconte des histoires. Elle me fait confiance, et je sais qu’elle me voit comme un membre de sa famille. »

L’appartenance et la communauté en tant que fondements de la santé et du bien-être

Pour les nouveaux arrivants en particulier, la possibilité de participer à des programmes qui améliorent la santé et le bien-être et qui promeuvent les relations sociales peut renforcer considérablement leur sentiment d’appartenance. Afin de surmonter les obstacles comme la maîtrise de la langue, la compréhension et la sécurité culturelle, et les expériences de racisme, des interprètes et des documents traduits comme des dépliants forment des éléments essentiels du programme multiculturel pour les aînés du CSC Pinecrest-Queensway. Et comme beaucoup d’aînés ne conduisent pas et ont des difficultés à circuler en transport en commun, encore une fois pour des raisons de langue, l’aide au transport est un autre facteur clé.

Or, le CSC Pinecrest-Queensway doit compter sur le financement accordé d’année en année par Centraide à Ottawa pour les éléments critiques que sont les traducteurs et le transport. Après 2018, lorsque le flux de financement actuel expirera, le programme des aînés multiculturels, qui a aidé des centaines de personnes âgées isolées pendant plus de 12 ans, pourrait disparaître. Avec un nouveau mandat du gouvernement pour soutenir la promotion de la santé au niveau local, les RLISS peuvent faire en sorte que le programme continue d’aider les nouveaux arrivants âgés pour les années à venir, estime Adrianna Tetley, directrice générale de l’Association des centres de santé de l’Ontario.

« Les soins de santé primaires complets ne concernent pas seulement l’accès aux médecins, aux infirmiers et aux tests de diagnostic pour aider les gens à récupérer quand ils sont malades, précise-t-elle. Les soins vraiment enveloppants visent à garder les gens en bonne santé dès le départ, en s’attaquant aux déterminants de la santé. Les programmes de promotion de la santé tels que les aînés multiculturels favorisent activement un sentiment d’appartenance à la communauté plus profond en faisant participer les gens directement aux programmes et services qui contribuent à leur bien-être. La prestation de soins primaires efficaces en combinaison avec des programmes de promotion de la santé pourrait changer la donne dans notre système de santé en portant la lutte contre les problèmes et les maladies chroniques beaucoup plus en amont que jamais auparavant en Ontario, tout en contribuant à réduire le fardeau qui pèse sur les autres parties du système de santé. »

(La possibilité pour les aînés nouveaux arrivants de participer à des séminaires de promotion de la santé portant sur le diabète et d’autres sujets est l’un des nombreux avantages qu’offre le programme, avec des aiguillages venant souvent des professionnels des soins primaires du centre.Photo avec la permission de Pinecrest-Queensway Community Health Centre)